Laurent Vernon et ses descendants à Montreuil-Bonnin

(1423-1774)

Les contingents écossais accourus à l'aide du jeune dauphin -puis roi Charles VII- sont recrutés et commandés par les plus grands noms de l'aristocratie. Ainsi John Stuart, comte de Buchan (v. 1381-17 août 1424, tué à la bataille de Verneuil), qui est le second fils du duc d'Albany (le Régent du royaume d'Ecosse), et cousin germain du roi Jacques Ier (1394-1437); ou Archibald Douglas, comte de Wigton (v. 1390-1439), dont la mère Margaret Stuart est soeur de Jacques Ier; ou encore John Stuart de Darnley (v. 1365-1429) à qui Charles VII donne Aubigny-sur-Nère en Berry.

Le prisonnier anglais capturé par " l'écuyer du royaume d'Ecosse ", Laurent Vernon, à la bataille de Baugé (Maine-et-Loire) le 22 mai 1421 n'est pas non plus un mince personnage : c'est John Beaufort (1402-1444), arrière petit-fils d'Edward III et cousin germain du roi alors sur le trone d'Angleterre, Henri V. De toute évidence, Laurent Vernon peut espérer le versement d'une forte rançon contre l'abandon de son prisonnier.

Et c'est là qu'interviennent Charles VII et Montreuil-Bonnin, comme l'attestent les lettres patentes octroyées par le roi deux ans plus tard (c'est nous qui soulignons) :

" comme notre ami Laurent Vernon, écuyer du royaume d'Ecosse, nous ayant baillé et délivré en nos mains le comte de Somerset, Anglais, son prisonnier de la journée de Baugé, pour en racheter et délivrer notre très cher et très aimé cousin le comte d'Eu [Charles d'Artois], tenant à présent prison es mains de nos anciens ennemis et adversaires, les Anglais de la journée d'Azincourt [1415], moyennant et parmy la somme de quarante mille écus d'or que lui sommes tenus faire et fournir par appointement sur ce fait de notre part avec lui, par lequel nous lui avons accordé et promis bailler à héritage perpétuel, pour lui, ses successeurs, héritiers ou ayant cause, le chastel, châtellenie, terre et seigneurie de Montrau-Bonin assis en notre comté de Poitou avec toutes ses appartenances et dépendances. Donné à Bourges en mois de mai, l'an de grâce 1423 et de notre règne le premier " (Archives nationales, K 168 n° 21).

Voilà donc le château, les terres, les forêts, le parc pour le bétail et la châtellenie de Montreuil-Bonnin détachés définitivement du comté de Poitou. Selon le rôle des tailles couvrant plusieurs années du 15ème siècle, dépendent alors de la châtellenie les neuf paroisses de La Chapelle-Montreuil, Béruges, Benassay, Vasles, Vausseroux, Ayron, Chiré-en-Montreuil, Latillé et Vouillé. Et le parc s'étend sur deux cents hectares. Dorénavant, les seigneurs de Montreuil-Bonnin font au roi l'hommage lige, sans être assujettis à aucune autre obligation; et leurs neuf vassaux, à leur tour, leur doivent hommage.

Le roi Charles VII

L’ aliénation de 1423 est confimée le 22 novembre 1441 par lettres patentes du même Charles VII. L’héritage passe au fils et aux petits-fils de Laurent qui commencent à asseoir la fortune de la famille Vernon. En 1465, Jacques Vernon, fils de Laurent, procède à des travaux d'entretien et, vraisemblablement de construction de l'aile en style gothique, encore habitée aujourd'hui.

L’aliénation ne sera contestée qu’à partir du 18ème siècle. Vers 1750, " plus de quarante fiefs relèvent de la châtellenie en hommage lige et plein... Les bois couvrent environ mille arpents " -près de cinq cents hectares- et le seigneur, le marquis de Courtomer, fait rendre la justice en son nom et nomme à tous les offices (selon F. Dupuis-Vaillant, Notice historique sur le château de Montreuil-Bonnin, éd. Saurin, Poitiers, 1837, BnF 8° Lk7 5173 ).

A la suite de longues et tortueuses procédures, la châtellenie est déclarée domaniale et adjugée, le 26 juin 1784, à Charles d'Artois, futur Charles X. A la Révolution, ce dernier émigre. Ses biens sont confisqués et mis en vente par le district de Lusignan au début d'août 1793 -le 15 thermidor an II de la République.

Le jardin du château au début du 20ème siècle

Parmi les propriétaires ultérieurs du château, ne retenons que le nom de Félix Dupuis-Vaillant. Il sera plus tard maire de Montreuil-Bonnin (10 juillet 1852-21 décembre 1860), mais dès 1836, en se portant acquéreur, il fait cesser les déprédations volontaires de ses prédécesseurs vandales qui ont utilisé le château comme carrière de démolition.

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