LA HENRIADE

Dans son poème épique en dix chants et en alexandrins, publié en 1723 puis plusieurs fois remanié, Voltaire envoie Henri de Bourbon -futur Henri IV- en ambassade auprès d’Elisabeth d’Angleterre et lui fait narrer le massacre de la Saint-Barthélémy. En réalité, François de La Noue persuada le prince de ne pas se rendre à Londres. Ce passage du chant II célèbre Coligny et son gendre, notre montreuillais Charles de Téligny :

" Coligny languissait dans les bras du repos,

Et le sommeil trompeur lui versait ses pavots.

Soudain de mille cris le bruit épouvantable

Vient arracher ses sens à ce calme agréable :

Il se lève, il regarde, il voit de tous côtés

Courir des assassins à pas précipités ;

Il voit briller partout les flambeaux et les armes,

Son palais embrasé, tout un peuple en alarmes,

Ses serviteurs sanglants dans la flamme étouffés,

Les meurtriers en foule au carnage échauffés,

Criant à haute voix : ‘Qu’on n’épargne personne !

C’est Dieu, c’est Médicis, c’est le roi qui l’ordonne !’

Il entend retentir le nom de Coligny,

Il aperçoit de loin le jeune Téligny,

Téligny, dont l’amour a mérité sa fille,

L’espoir de son parti, l’honneur de sa famille,

Qui, sanglant, déchiré, traîné par des soldats,

Lui demandait vengeance, et lui tendait les bras ".

En réalité, Charles de Téligny fut égorgé par les soldats de la garde du duc d’Anjou (futur Henri III), sur ordre de Larchant, leur capitaine. Le forfait fut perpétré dans le grenier du sieur de Châteauneuf où Téligny avait réussi à se réfugier avec quelques serviteurs de Coligny.

Quant à Coligny, son beau-père, il avait d’abord échappé, le 22 août, à une embuscade tendue par Charles de Louviers, seigneur de Maurevert. Blessé de deux balles de cuivre à la main droite et au coude gauche, Coligny avait été secouru par Henri de Navarre (futur Henri IV), Condé et La Rochefoucauld. Et le chirurgien Ambroise Paré dut amputer l’index déjà gangrené. Puis à deux heures du matin, quand le tocsin sonna le signal du massacre de la St Barthélémy, Henri de Guise, son oncle le duc d'Aumale et divers hommes de main envahirent le logis de l’amiral. Seuls quatre serviteurs échappèrent aux arquebusades. Coligny fut achevé d’un coup de poignard dans la poitrine. Son corps fut jeté par la fenêtre aux pieds du duc de Guise.

Ce Maurevert -ou Maurevel- avait le 7 octobre 1569 assassiné Arthus de Vaudray, sieur de Mouy. La veuve de celui-ci, Marie de Juré, sera la seconde épouse de François de La Noue, lui-même veuf de Marguerite de Téligny.

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