LE SIEGE DE 1593 [?], OU L’ENIGME DU BOULET DE CANON

Le siège

Malicorne " assiégea Montreuil-Bonnin, assez bon château, et le fit battre de quatre canons, qui firent une brèche au pied de la grosse tour ; mais elle se trouva flanquée d’une galerie où il y avait deux fauconneaux [petites pièces d’artillerie légère d’environ 450 livres, tirées par deux chevaux et envoyant des boulets d’une livre] et il resta encore dix-huit pieds de rocher où on ne pouvait monter qu’avec des échelles. Les capitaines allant reconnaître la brèche, donnèrent l’assaut ; ils demandèrent des échelles, qu’on leur apporta, et montèrent sur le rocher.

Les assiégés avaient fait une grande faute ; ils avaient donné une telle épaisseur au parapet qu’il s’en fallait de quatre pieds qu’on ne pût atteindre avec les piques ceux qui étaient au-delà le mur. La place fut emportée ; la Pierrière et la Taupane qui y commandaient furent pendus, avec vingt-deux soldats " (Thibaudeau, Histoire du Poitou, vol. 3, chap. VII, p. 104, citant Agrippa d’Aubigné, Histoire universelle).

Jean de Chourse(s) de Malicorne (1524 ?- 1609), catholique rallié à Henri IV dès août 1589, est gouverneur du Poitou de 1585 à 1603, Sully ayant alors acheté sa démission pour pouvoir devenir gouverneur lui-même. Il est capitaine des troupes royalistes et, après la mort d’Henri III, il enlève les places fortifiées des environs de Poitiers pour couper les communications entre l’extérieur et la ville, tenue par les ligueurs et leur chef, Claude de Cossé, comte de Brissac. Durant ce blocus, d’une part l’inquiétude et le mécontentement de la population montent ; d’autre part des contacts secrets peuvent s’établir avec des citadins favorables à Henri IV.

 

Le roi Henri IV

Mais l’armée royale essuie des échecs autour de Poitiers ; Malicorne échappe de peu aux ligueurs, lors d’une attaque nocturne à Cherve ; ceux-ci triomphent. Reprennent-ils Montreuil entre l’assaut royal victorieux -où Agrippa d’Aubigné joua un rôle décisif- et la déclaration de réduction du Poitou à l’obéissance en juin 1594?

Ici se pose pour nous l’énigme de l’inscription " ULTIMA RATIO REGUM ", suivie de la date " 1593 " sous le boulet de canon en fer encastré dans la tour de droite à l’entrée du châtelet; et enfin l’énigme des rayons de soleil gravés autour du boulet.

 

Le boulet de canon et l’inscription :

 

Le cardinal de Richelieu

 

D’une recherche obligeamment menée pour nous par le musée de l’Armée (Hôtel des Invalides, Paris), il ressort que l’usage de la devise Ultima ratio regum (l’argument ultime des rois... est le langage des armes à feu) fut lancé par Richelieu en 1628 . Uniquement pour inscription sur les canons destinés à la marine royale.

 

" En revanche, l’inscription figure sur les canons de l’artillerie de terre, épisodiquement à partir de 1666 et systématiquement entre 1671 et 1764, avant de dispataître définitivement ".

Quant aux rais autour du boulet, s’ils veulent bien symboliser le soleil rayonnant, c’est un emblème adopté par Louis XIV à partir de 1675, nous apprend-on de même source.

Devise et soleil rayonnant étant postérieurs aux événements, et même à 1674, ils ont dû être gravés à l’initiative de Claude de La Noue.

En rebellion contre Louis XIII jusqu’à la paix de grâce d’Alès en 1629, Claude prouve assez son loyalisme envers Louis XIV pour que celui-ci le nomme, aux côtés du gouverneur Colbert de Croissy, commissaire chargé en 1665 puis en 1685, de déterminer quels lieux de culte protestants seront conservés.

Peut-être l’inscription se veut-elle alors propitiatoire et se teinte-t-elle de mélancolie, ou encore d’ironie? C’est en effet un moment où les protestants subissent une dure répression, tandis que la " munificence " royale se manifeste pour faire restaurer l’église catholique de Saint-André, comme l’atteste la plaque commémorative encore visible aujourd’hui.

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