François de La Noue (1531-4 août 1591)

Une fille d’Arthuse Vernon et Louis de Téligny, Marguerite -soeur de Charles- épouse un autre chef huguenot, d’origine bretonne, François de La Noue (1531- 4 août 1591). Les armes de ce dernier sont celles de la branche de Briord : d’argent, fretté de sable au chef de gueules chargé de trois têtes de loup arrachées d’or (R. de Warren, Grand armorial de France et H. Hauser, François de La Noue. Il a pu aussi porter les armes des La Noue de Bretagne : d’ " azur à la croix d’argent cantonnée de quatre gerbes de blé d’or ", selon R. Crozet, Bul. SAO, 4ème série n° 2, pp. 507-515).

Il est surnommé "Bras-de-Fer", en raison de la prothèse qu’il se fait confectionner, après avoir perdu un bras au cours d’un combat malheureux à Fontenay en 1570. Pendant l’amputation, la reine Jeanne d’Albret -mère du roi Henri IV- est à ses côtés pour le réconforter. Gratifié aussi du surnom flatteur de " Bayard huguenot ", il reste l’une des belles figures héroïques d’une époque plutôt fertile en prodiges d’intolérance et d’ambition.

Marie Stuart

En 1560, c’est un protégé des Guise. Il accompagne l’éphémère reine de France Marie Stuart -une Guise-Lorraine par sa mère-, quand elle regagne l’Ecosse en août 1561 après la mort de son époux François II. Après sa conversion au calvinisme vers 1558, La Noue observe d’abord une neutralité politique entre les Guise et les Bourbons. Mais il se rallie à ces derniers après le massacre de Vassy en Haute-Marne, où des calvinistes sont tués par les gens de François de Guise à la sortie du prêche, le ler mars 1562.

 

La reine Jeanne d'Albret

 

Quand, en septembre 1568, Jeanne d'Albret amène à La Rochelle sa fille Catherine et son jeune fils Henri de Béarn -futur Henri IV-, La Noue devient le conseiller du prince. Le 20 février 1569, Condé et Coligny lui confient le gouvernement de La Rochelle, du Poitou, etc., pour 500 livres par mois. Puis, à la mort de François d'Andelot (1531-1569) -frère de l'amiral Coligny-, ils le nomment commandant général de l'infanterie le 10 juin 1569, quelques semaines avant le siège de Poitiers.

 

 

François de La Noue

Ce valeureux homme de guerre sait épargner les prisonniers. Il sera lui-même par deux fois capturé, à Jarnac et à Moncontour en 1569. Il sera alors libéré par échange, grâce à l’estime que lui portent ses adversaires catholiques. Habile diplomate et excellent politique, il négocie l’union, célébrée le 18 août 1572, d’Henri de Béarn avec Marguerite de Valois -la reine Margot-; il confère avec l’émissaire du grand-duc de Toscane; il participe peut-être aussi avec Téligny à un rendez-vous de chasse secret pour rencontrer Charles IX en juillet 1571. Evidemment honni de l’ultra-catholique roi d’Espagne Philippe II, il entretient une correspondance et une longue amitié avec le ministre anglais et protestant Sir Francis Walsingham (1530-1590).

 

Marguerite de Valois

Il échappe au fatidique 24 août 1572, car Charles IX l’a envoyé dès le ler mai soutenir le Hainaut révolté contre son souverain espagnol.

Dès les lendemains troublés de la Saint-Barthélémy, à la mi-novembre1572, Charles IX dépêche La Noue en négociateur auprès des Rochelais retranchés dans leurs murs.

Cette délicate ambassade et le personnage de La Noue font l’objet de deux des derniers chapitres du roman historique de Mérimée, Chronique du règne de Charles IX .

Le roi Charles IX

Devant le sort tragique des huguenots assiégés par l’armée royale, La Noue se résout à rester à La Rochelle et se joint à ses amis. Le frère du roi, Henri duc d’Anjou -futur Henri III- lui écrit de Saint-Maixent, le 2 février 1573, pour l’inciter à se rendre dans des conditions favorables -tout en exigeant une reddition sous trois jours. Mais, devant le désaveu de ses coreligionnaires extrémistes, il quitte La Rochelle le 12 mars et, sans se joindre aux combattants, attend au camp royal l’issue du siège. Il revient en janvier 1574 lors de la cinquième guerre civile.

En 1576-77, il se retire quelque temps à Montreuil-Bonnin. Néanmoins, le 15 août 1576, Henri de Navarre écrit d'Agen à son cousin le maréchal de Dampville qu'il a conféré avec La Noue arrivant " des parts de Monsieur ", c'est-à-dire du dernier fils d'Henri II et Catherine de Médicis, François d'Alençon/Anjou (1554-1584), maintenant héritier du trône de France mais dont l'ambition immédiate est de se tailler une principauté aux Pays-Bas aux dépens de l'Espagne.

La Noue repart avec François d'Anjou en juillet 1578 aider Guillaume d'Orange, dit le Taciturne, à combattre les Espagnols aux Pays-Bas. C'est l'époque où Charlotte de Bourbon, épouse du prince d'Orange, voit en La Noue un "gentilhomme vaillant et doué de beaucoup de rares vertus, et, outre celà fidèle et affectionné ami et serviteur de mondit seigneur" (B. Quillet, Guillaume le Taciturne, Fayard, p. 440).

Il est fait prisonnier le 9 ou 10 mai 1580 et reste détenu dans des conditions inhumaines au château de Limbourg pendant cinq ans. Entouré de " crapaux " écrira-t-il. Détention qu’il occupe à écrire ses Discours politiques et militaires.

A sa libération obtenue fin juin 1585 contre une lourde rançon et grâce à l'intervention d'Henri de Guise le Balafré, du duc de Lorraine et d'Henri de Navarre, il rentre à Montreuil-Bonnin. Mais il doit très vite s’exiler, le traité de Nemours du 7 juillet entre le roi et la Ligue ôtant aux réformés la liberté de conscience et de culte.

De 1586 à 1588, il vit à Genève et fréquente le protestant Théodore de Bèze. Penseur moraliste, François de la Noue laisse une abondante correspondance et des Discours politiques et militaires d’une haute tenue, écrits pendant sa captivité de cinq ans à Limbourg, dédiés à son ami Henri de Navarre -bientôt Henri IV- et publiés en 1587. Napoléon Ier qualifiait ces vingt-quatre discours de " bible du soldat ".

Le Roi Henri IV (1553-1610)

Toujours ardent défenseur de sa foi, il combat la Ligue catholique avec Henri IV à Arques en septembre 1589 et à Ivry -la bataille du " panache blanc "- en février 1590. Il meurt à Moncontour, des suites d’une blessure à la tête reçue au siège de Lamballe en 1591. Le roi Henri IV disait de lui : " C’est un grand homme de guerre et un plus grand homme de bien ". Pour Brantôme, c'était "le plus grand capitaine que nous eussions aujourde'hui en France", un homme de valeur a qui est consacré l'un des chapitres des Vies des hommes illustres et des grands capiatines. Et Montaigne louait " la constante bonté, douceur de moeurs et facilité de conscience " de ce " grand homme de guerre et très expérimenté " (Essais, II, ch. XVII, De la présomption).

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