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Nargués depuis 1341 par le " florin Georges " émis à Angers, puis par la deuxième émission, lancée précisément à Montreul-Bonnin en avril 1346, peut-être les Anglais, de surcroît vainqueurs à Crécy (en Picardie) le 26 août, ont-ils effectivement eu plaisir à accomplir une vengeance spectaculaire, lors du siège du château conduit par le comte de Derby en octobre de la même année. |
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De toute manière, quand une place-forte refusait de se rendre, les assiégés pouvaient s'attendre au pire. Sans compter, dans le cas du château de Montreuil et de son atelier monétaire alors pleinement actif, l'appât pour les assiégeants du butin en monnaies d'or.
Mais même si la brutalité du massacre n'était pas inusitée à l'époque, sans doute y eut-il un autre événement très ponctuel pour déclencher l'ire du chef militaire anglais.
Henry de Grosmont, comte de Derby mène la troisième de ses campagnes successives en Guyenne. Montant de La Réole vers Poitiers, il apprend le 20 septembre à Châteauneuf-sur-Charente qu'en dépit de leur sauf-conduit, quelques soldats anglais et leur lieutenant Walter Manny -son cher compagnon d'armes depuis une dizaine d'années- sont cependant retenus prisonniers à St Jean d'Angély. Il entre alors dans une colère suffisamment violente pour être relatée dans les chroniques anglaises. Se portant vers St Jean d'Angély où il libère vraisemblablement ses congénères prisonniers, il arrive le 29 septembre à Lusignan, alors tenu par les Anglais, emporte la place de St Maixent et y trucide " tous ceux qui dedans étoient ".
Ici, calendrier et itinéraire posent problème, en raison de divergences entre chroniqueurs, ou de variantes dans les manuscrits d'une même chronique. Comme Derby n'assiège Poitiers que le 4 octobre après deux jours de tentatives infructueuses, nous pouvons toutefois supposer que l'assaut donné au château de Montreuil-Bonnin se situe entre ces deux dates. Voici le récit qu'en fit un quasi-contemporain des faits, le chroniqueur Jean Froissart (1337-c.1410), né à Valenciennes et qui séjourna plusieurs fois auprès d'Edward III en Angleterre (éd. J. Buchon, Collection des chroniques nationales françaises écrites en langue vulgaire du 13ème au 16ème siècles..., Paris, 1824, t. II, chap. CCCII) :
" Et puis chevauchèrent à senestre main, et vinrent devant Montreuil-Bonnin,
où il avait pour ce temps plus de deux cents monnoyers, qui là forgeoient et faisoient la monnoie du roi, et qui dirent que trop se défendroient. Si ne se voulurent rendre à la requête des Anglois et montrèrent grand semblant d'eux défendre. Le comte Derby et ses gens qui étoient bons coutumiers d'assaillir, assaillirent de ce commencement, de grand' façon; et étoient les archers tout devant, qui traioient [tiraient] aux défendants si omniement [à la fois] que à peine osoit nul apparoir aux défenses; et tant s'avancèrent lesdits Anglois, et si bien s'y éprouvèrent, que par la force ils conquirent Montreuil-Bonnin; et furent tous ceux morts qui dedans étoient. Oncques homme n'y fut pris à rançon; et retinrent le châtel pour eux, et le rafraîchirent de nouvelles gens; et puis chevauchèrent outre vers Poitiers.. ".

Selon la fantaisie des copistes, les manuscrits parvenus jusqu'à nous proposent des versions parfois assez différentes d'une même chronique originale. Ou bien, des divergences apparaissent dans les relations dues à la plume de plusieurs chroniqueurs. Ou encore, le chroniqueur peut avoir rédigé plusieurs versions dun même événement. Il en est ainsi pour le manuscrit dAmiens des Chroniques de Froissart (Bibliothèque municipale dAmiens, n° 486, éd. J. Diller), ou la quatrième rédaction proposée dans son édition des Chroniques par le baron de Lettenhove.
En tout état de cause, c'est sur cet assaut meurtrier que se termine l'histoire de notre atelier monétaire. Et c'est à Poitiers que dès 1350 en est déjà installé un autre, pour lequel les Archives nationales ont conservé une soixantaine de comptes de fabrication soumis par six monnayeurs entre le 19 mars 1354 et le 4 mars 1361 (Z 1b 935-936, ff2-38).